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Publié le 17/04/12


Pacte agricole


Le monde paysan, c'est du labeur et du labour. C'est aussi l'amour de la terre pour les 970 000 actifs agricoles qui, sur 490 000 fermes, sont les créateurs de nos produits alimentaires, les épines dorsales de nos territoires et les sculpteurs de nos paysages. Mais alors, pourquoi tant de souffrances ? Une ferme est abandonnée toutes les 25 minutes en France et toutes les 3 minutes en Europe. Ce métier enregistre le plus fort taux de suicide et le niveau d'endettement le plus élevé.


Cette situation est insupportable. Nous nous devons de soutenir ces femmes et ces hommes indispensables à notre vie quotidienne. Sur le modèle de la gouvernance du Grenelle de l'Environnement que l'Alliance pour la planète avait su faire émerger en 2007, le WWF France demande solennellement au Président de la République élu le 6 mai 2012 de lancer le Pacte Agricole qui sera une importante négociation nationale issue d'Etats Généraux précédemment organisés dans les territoires, afin de préserver et développer l'agriculture paysanne.

Au lendemain de son élection, le Président de la République et son Premier Ministre devront réunir le monde agricole, les syndicats, les élus nationaux, régionaux et européens, les associations de consommateurs ainsi que les ONG environnementales pour définir les termes d'une agriculture prospère, durable, respectueuse de l'homme et de l'environnement. Il s'agira aussi de réorienter la prochaine Politique agricole commune (PAC) vers une véritable transition environnementale.

Réconcilier l'humain et la Nature, telle est la mission du WWF. A l'instar de la transition énergétique indispensable pour lutter contre le péril climatique, l'un des piliers de la nécessaire métamorphose écologique de nos sociétés repose sur la transformation des modes de production agricoles et agroalimentaires. Leur industrialisation excessive nous a fermé des pistes de réflexion essentielles. En conséquence, notre pays a plus que jamais besoin d'un Pacte Agricole susceptible de promouvoir une agriculture rémunératrice, structurante des territoires ruraux, respectueuse de l'eau et de la biodiversité, à forte valeur patrimoniale, créatrice d'emplois, porteuse d'innovations et d'équilibre pour nos agriculteurs.

La protection de l'environnement et l'agriculture, loin d'√™tre antagonistes, se nourrissent mutuellement et font symbiose. A l'heure o√Ļ notre futur d√©pend du nouveau rapport que nous saurons √©tablir avec la nature, pourquoi nous priver d'une telle opportunit√© ? L'agriculture fran√ßaise a √©t√© pens√©e pour la France des ann√©es 50, il est grand temps de red√©finir une politique agricole adapt√©e aux enjeux du XXI√®me si√®cle, une politique qui accorde √† l'agriculture un r√īle central dans l'am√©nagement du territoire, l'alimentation et la refondation des relations homme-nature.

Nous avons besoin d'une agriculture moderne dans une quadruple perspective, à la fois économique, sociale, écologique et géopolitique. Le WWF avec tous ceux qui s'empareront de cette idée, soutient un Pacte Agricole, redéfinissant les règles afin que les paysans vivent dignement de leur travail. Un Pacte qui assure à tous une alimentation saine, sans polluants chimiques, favorables à la bonne santé de la population. Un Pacte qui, tout en respectant le critère essentiel du moindre impact sur les écosystèmes et la préservation de ressources naturelles contribue à faire évoluer les échanges internationaux en veillant avant tout à la souveraineté et à la sécurité alimentaire de chacun des pays.

Redonner cohérence à l'économie agricole, c'est mettre fin à un modèle de production sous perfusion pour lequel les français payent deux fois, pour soutenir d'abord, pour réparer ensuite. Représentant 14 à 15% du vivier d'emplois national, le chiffre d'affaire de la Ferme France est estimé à 200 milliards d'euros (source INSEE 2011). Pourtant, le partage des bénéfices n'est aujourd'hui pas équitable. Une partie des mécanismes fiscaux et de soutien existants ont un effet pervers. Une réforme de la fiscalité sur les revenus agricoles est essentielle pour lutter contre le gaspillage et la pollution des ressources.


Dans le cadre d'une agriculture respectueuse de la biodiversité, de la santé de ceux qui travaillent la terre et de ceux qui s'en nourrissent, nos outils budgétaires et fiscaux, nationaux ou européens, doivent désormais viser la réorientation des soutiens en fonction de la qualité du modèle agronomique mis en oeuvre.

Encourager, faciliter et soutenir l'installation de nouveaux paysans passe par une r√©forme de la gouvernance des SAFER (soci√©t√© d'am√©nagement foncier et d'√©tablissement rural). Promouvoir la conversion des agriculteurs conventionnels vers des syst√®mes de production biologiques ou int√©gr√©s, d√©velopper les produits biologiques dans les entreprises du secteur aval (transformations, grossistes, distributeurs), telles sont les pistes √† suivre et √† valoriser tant en termes d'expertise agronomique tr√®s appauvrie par plusieurs d√©cades d'industrialisation du vivant qu'en termes de rendements. Elles sont aussi tr√®s prometteuses en emplois ¬ę verts ¬Ľ non d√©localisables.

Le récent rapport spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation confirme la capacité de l'agroécologie à répondre à l'enjeu de la sécurité alimentaire mondiale sous réserve de résolution des conflits d'usage, notamment sur la question des agro-carburants et de la spéculation sur les matières premières agricoles et sur le foncier. En France, des solutions existent telle l'agriculture durable à bas niveau d'intrants, développée depuis plusieurs décennies par les Civam, qui remet au coeur des pratiques agricoles l'observation des écosystèmes et la reproduction de leurs fonctionnalités. L'agriculture biologique gagne elle aussi du terrain mais l'offre disponible est très insuffisante pour satisfaire la demande. Plus dynamique en facteur travail, l'agriculture biologique attire de nouveaux venus et constitue un véritable vivier d'emplois. Pourtant, seuls 3,2% de la surface agricole française sont aujourd'hui en bio.

Retisser le lien entre l'Homme et la Nature, c'est aussi restaurer la coh√©rence de nombreux territoires urbains, participant ainsi √† l'am√©lioration de l'am√©nagement territorial. Nos villes √©taient autrefois nourries par les ceintures mara√ģch√®res qui les entouraient. Depuis, la sp√©culation fonci√®re et l'√©talement des villes ont mit√© le territoire. R√©tablissons la fertilit√© autour de nos villes en recr√©ant des ceintures vertes. D√©veloppons des circuits de distribution locaux et maill√©s qui favorisent la fra√ģcheur des produits, la r√©duction des interm√©diaires et, lorsqu'ils sont bien organis√©s, la diminution de l'empreinte √©nerg√©tique. L'agriculture p√©riurbaine cr√©e une √©conomie circulaire, des emplois et de la biodiversit√©. Elle contribue √† l'information et l'√©ducation du citoyen-consommateur, √† l'√©volution des pratiques alimentaires et au d√©veloppement de l'approvisionnement. Le succ√®s des AMAP confirme cette attente de la soci√©t√©.

Nous mangeons trois fois par jour gr√Ęce aux paysans. Nous jouissons de la beaut√© des paysages fa√ßonn√©s par des g√©n√©rations de laboureurs, d'√©leveurs, de forestiers. Nous avons tous besoins d'eux et ils ne peuvent plus se d√©fendre seuls face au rouleau compresseur des lobbies agro-industriels mondiaux. Ainsi, notre Assembl√©e nationale a vot√©, dans la nuit du 28 novembre 2011, une loi interdisant aux paysans de ressemer ou d'√©changer les graines des plantes qu'ils ont cultiv√©es, sauf √† payer un tribut aux firmes semenci√®res !

Les paysans ont vraiment besoin des citoyennes et des citoyens pour d√©fendre leur m√©tier, leur libert√© de semer et notre libert√© de choisir le contenu de nos assiettes. La question du devenir de notre mod√®le agricole et alimentaire est une priorit√© nationale et europ√©enne. Avec le retour √† une agronomie soucieuse de la sant√© de la plan√®te et des paysans, d'une r√©gulation du march√© et de l'autonomie financi√®re des exploitations, la transition de notre mod√®le agricole provoquera la cr√©ation d'emplois, le d√©sendettement et la restauration de notre ¬ę environnement √† tous ¬Ľ. Ensemble avec le pacte agricole, redonnons du sens au monde paysan. Avec une r√©elle volont√© politique, quelques saisons suffiront pour nous emmener sur le chemin d'une agriculture heureuse. Isabelle Autissier et Serge Orru, Pr√©sidente et Directeur g√©n√©ral du WWF-France.


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